La révolution d’Al-Hussein (p):
un prolongement de l'Emigration du Messager de Dieu (P)

L'Emigration (l'Hégire) et le début du calendrier musulman

Dès l'Emigration, les Musulmans ont considéré cet événement comme le début du calendrier hégirien et de l'histoire de l'Islam. On dit qu'on a consulté Ali (p) sur cette question et qu'il y a donné son accord. C'est en l'an soixante de l'Hégire qu’Al-Hussein (p) a émigré de Médine vers la Mecque, puis de la Mecque vers Karbala. Entre ces deux dates, l'Emigration du Prophète (P) et celle d’Al-Hussein (p), les Musulmans ont vu se succéder une longue suite d'événements qui ont commencé par le départ du Prophète (P) vers Médine, dans l'intention de fonder l'Etat Musulman et d'organiser la vie des gens sur les bases de l'Islam. Les Musulmans de Médine, les Emigrants (Muhajirun) et les Partisans (Ansar), et avec eux les Juifs qui avaient signé un pacte avec le Messager de Dieu (P), ont instauré un Etat dans lequel les affaires publiques ont été gérées sur la base de la loi islamique, un Etat qui s'est prémuni d'une force de frappe jihadique et défiante face aux polythéistes, un Etat qui a inauguré une nouvelle donne dans la région avec laquelle les gens ont constaté qu'il n'y avait plus une seule force dominante qui est celle de Quraysh et de ses alliés, les polythéistes et les Juifs de l'époque. Une nouvelle force était née qui est fondée sur la règle de la raison, de la science, de la Révélation divine et de la loi islamique. C'était une force prémunie d'une loi qui organise la vie des gens face à la force de Quraysh qui ne représentait pas un système civilisé.

Après la mort du Prophète (P), d'innombrables événements se sont succédés. Le calife légal, l'Imâm Ali (p) a été écarté, et la réalité islamique s'est vue aux prises avec des dissensions jurisprudentielles, intellectuelles et autres. Mais les conditions étaient propices à l'expansion de l'Islam suite aux guerres qui ont éclaté entre les Musulmans et les deux superpuissances, byzantine et perse, de l'époque. Il y a eu aussi la discorde qui a débouché sur l'assassinat du troisième calife, 'Uthman, et qui a été suivie d'une deuxième discorde avec Muawiya qui a brandi la tunique de 'Uthman pour venger son assassinat. Lorsque l'Imâm 'Ali (p) a pris les rênes du califat, on a semé des épines sur son chemin et on lui a déclaré la guerre dans toutes les régions, à Bassora, avec la guerre du "Chameau", en Syrie, avec la guerre de Siffîn, en Iraq avec la guerre des Kharijites.

Les Umayyades ont donc fini par imposer leur hégémonie après la paix que l'Imâm al-Hassan (p) avait signée en raison de la faiblesse de son armée désunie, et les Umayyades ont pu contrôler la totalité du monde musulman. Muawiya a imposé son fils Yazîd comme calife après lui. On a dit que la personne chargée par Muawiya de récolter le serment d'allégeance à son fils portait un sabre dans sa main droite et une bourse dans sa main gauche, avant de dire : « Celui qui nous prête serment aura cela (en indiquant l’argent) et celui qui ne le fait pas aura cela (en indiquant le sabre) ». C'est ainsi qu'on a imposé comme calife des Musulmans Yazîd, le buveur de vin, le pervers, l'assassin, qui n'a jamais respecté une règle islamique tant le polythéisme était si enraciné dans sa personnalité.

Al-Hussein (p) refuse de prêter serment à Yazîd

L'Imam Al-Hussein (p) avait respecté le pacte signé par son frère Al-Hassan (p) avec Muawiya, pacte selon lequel il ne pouvait se révolter contre lui tant qu'il vivrait. L'Imam Al-Hassan (p) est mort empoisonné, et après la mort de Muawiya on a demandé à Al-Hussein (p), par l'intermédiaire du gouverneur de Médine, de prêter serment à Yazîd. L'Imam Al-Hussein (p) a donné au gouverneur la réponse suivante: "Yazîd est un homme pervers, immoral, buveur de vin, tueur de l’âme respectée et quelqu'un qui ne dissimule pas sa perversité ; quelqu’un comme moi ne prête pas serment à quelqu’un comme lui. Attendez à demain, nous nous réveillerons et vous vous réveillerez et nous verrons lequel parmi nous à plus de droit au serment et au califat ».

C'est ainsi que l'Imam Al-Hussein (p) a déclaré sa révolution contre Yazîd, car il est l'Imam à qui l'obéissance est due conformément à la déclaration textuelle du Messager de Dieu (P) lorsqu'il dit: «Al-Hassan et Al-Hussein sont deux Imams qu’ils soient débout ou qu’ils soient assis», pour dire 'qu'ils se révoltent ou qu'ils ne se révoltent pas'. L'Imam 'Al-Hussein (p) planifiait de transmettre un message à la Nation. Il a séjourné pendant plusieurs mois à la Mecque. Il recevait les gens et leur parlait de la situation dans le monde musulman et du droit chemin. Il leur demandait de l'assister et de le soutenir pour renverser ce régime injuste et déviant par rapport à la ligne de l'Islam.

La phase de la transmission du message à la Mecque

L'Imam Al-Hussein (p) a mis son plan en exécution à la Mecque, un plan qui consistait à instruire les Musulmans, surtout que son séjour y a coïncidé avec la saison du pèlerinage pendant laquelle les Musulmans se réunissaient à la Mecque. Il a quitté la Mecque d'une manière semblable à la manière du Messager de Dieu (P) que les polythéistes planifiaient d’assassiner en attaquant sa demeure et en lui adressant les coups de dix épées qui représentaient les dix clans de Quraysh. Mais Dieu lui avait donné l'ordre de ne pas dormir cette nuit-là dans sa maison. Il avait donc émigré et avait demandé à Ali (p) de dormir dans son lit. C'est Ainsi que le Prophète (P) a quitté la Mecque pour Médine. Pour ce qui est de al-Hussein (p), il a appris que Yazîd a chargé un groupe de scélérats de l'assassiner même s'ils le trouvaient accrochés aux rideaux de la Ka'ba. Il s'est donc dirigé vers l'Iraq après avoir reçu des centaines de lettres qui l'invitaient à y venir et dans lesquelles les expéditeurs déclaraient qu'ils ne reconnaissaient aucun autre Imam. Les choses ont pris une autre tendance après l'envoi par Al-Hussein (p) de son cousin, Muslim Ibn 'Aqîl qui a été capturé et tombé en martyr. Pourtant, Al-Hussein (p) continua sa route vers Kûfa.

Voilà deux émigrations: celle du Messager de Dieu (P) et celle d’Al-Hussein (p), sur le chemin de l'appel à l'Islam.

Nous lisons dans le premier discours adressé par l'Imâm al-Hussein (p) aux gens pour leur transmettre le message de la ligne de l'Islam fondée sur la Sunna du Prophète (P), dans lequel il leur affirme qu'il ne recherche pas le pouvoir pour lui personnellement, mais qu'il se révolte pour changer la réalité perverse qui se dirige, sous l'autorité de Yazîd, vers la mécréance et la destruction de l'Islam authentique… Nous lisons ce qui suit: « O gens ! Le Messager de Dieu (P) a dit : Celui qui voit un gouverneur injuste qui rend légal ce que Dieu a interdit, qui transgresse le pacte qu’il a conclu devant Dieu, qui contredit la Sunna du Messager de Dieu, qui agresse les serviteurs de Dieu, sans qu’il s’oppose à lui (ou selon une autre version, sans l'attaquer) ni par une parole ni par une action, Dieu lui réservera obligatoirement le même traitement qu’Il réserve à ce gouverneur».

Al-Hussein (p) voulait que tous les Musulmans assument la responsabilité de l'action en vue de renverser le régime injuste et déviant qui n'avait rien à voir avec l'Islam. Tous les mauvais caractères dénigrés par le Messager de Dieu dans ses Hadiths sont présents chez Yazîd et son entourage. Ce sont ces faits-là qui justifient et légitiment la révolte contre le gouverneur injuste. Certains jurisconsultes musulmans pensent qu'il faut donner des conseils aux gouverneurs et ne pas de révolter contre eux. Mais Al-Hussein (p) voulait affirmer la règle islamique qui impose aux Musulmans de tous les pays et de tous les temps de se révolter contre le gouverneur injuste. Il voulait montrer qu'à celui qui prend une attitude neutre vis-à-vis du gouverneur injuste sera réservé le même châtiment que celui du ce gouverneur car, comme le dit la Tradition, "Celui qui tait la vérité est un diable muet".

Al-Hussein (p) voulait également montrer ce qu'était son attitude légale en disant: "Ces gens-là ont pris à leur compte l’obéissance à Satan. Ils ont abandonné l’obéissance au Miséricordieux. Ils ont répandu la corruption, ont annulé l'application des lois de Dieu, se sont emparés des ressources et des revenus et ont rendu illicite ce qui est rendu licite par Dieu et licite ce qui est rendu illicite par Dieu. Je suis celui qui a le plus de devoir de conduire le changement".

L'action en vue de changer la réalité corrompue

 L'action de l'Imam Al-Hussein (p) avait donc pour but de redresser les déviations qui ont atteint la pensée de la Nation, de changer la réalité corrompue installée par les Umayyades.

Pour ce qui est des polémiques nourries par certains religieux qui refusent de reconnaître qu’Al-Hussein (p) voulait s'emparer du pouvoir, nous leur disons qu'il était de sa responsabilité de chercher à s'emparer du pouvoir. Mais il y a une différence entre celui qui s'empare du pouvoir pour lui-même et pour ses convoitises, et celui qui le fait pour établir la vérité, pour supprimer le faux et pour appliquer l'authentique loi islamique dans la société. C'était cela la voie qu'ont empruntée les Imams (p) à partir des célèbres paroles prononcées par l'Imam 'Ali (p) qui, rapiéçant ses semelles, a dit à Ibn 'Abbâs: "Voix-tu ces semelles ? Elles me sont plus chères que d’être votre prince. Je m’y attache seulement pour établir le vrai et pour repousser le faux". Il est vrai que les Imams (p) avaient répudié ce monde-ci, mais cela ne signifie pas qu'ils avaient abandonné leur droit au pouvoir, car le pouvoir leur revenait de droit après la mort du Messager de Dieu. Les paroles de l'Imam al-Hussein (p) l'affirment lorsqu'il dit: "Je suis celui qui a le plus de devoir de conduire le changement".

L'Imam Al-Hussein (p) avait envoyé beaucoup de lettres dans toutes les contrées. On lit dans la lettre qu'il a envoyé aux gens de Bassora: "Et puis, Dieu a élu Mohammad parmi sa créature, Il l'a honoré de la prophétie et Il l'a choisi pour transmettre Son Message. Mohammad a rejoint son Seigneur après avoir fourni conseil à Ses serviteurs en leur communiquant le Message qu'il portait. Nous sommes les siens, ses partisans, ses légataires, ses héritiers et ceux qui ont le plus de droit d'occuper sa place. Mais nos proches nous ont empêché notre droit. Nous nous sommes résignés pour éviter la division et pour préserver le salut. Car nous sommes attachés à l'unité des Musulmans, surtout à une époque où l'Islam était menacé par les mécréants. Nous savons que nous avons plus de droit au califat que ceux qui s'en sont emparés. Je vous envoie mon messager avec cette lettre. Je vous appelle au Livre de Dieu et à la Sunna de son Prophète. La Sunna a été écartée et l’innovation adoptée. Si vous m’écoutez et vous obéissez à mon appel, je vous conduis sur la voie du bien".

L'Imam Al-Hussein (p) affirmait toujours qu'il s'est révolté pour établir le vrai et effacer le faux, par assainir la Nation de son Grand-père, pour bien asseoir la règle islamique instaurée par son Grand-père, le Messager de Dieu (P). C'est pour cette raison que nous n'acceptons pas les prétentions de certains parmi ceux qui disent qu’Al-Hussein (p) a dirigé un mouvement suicidaire ou pour le seul but de tomber en martyr, prétentions fondées sur un hadîth prétendu qui dit: "Cela vaut mieux pour moi la mort qui m'attend". Ecoutez ce récit qui parle d’Al-Hussein (p) en plein combat face au défi: " Par Dieu, je n'ai jamais vu un homme vaincu qui a vu  ses enfants, les membres de sa famille et ses compagnons assassinés sous ses yeux, aussi ferme, aussi lucide et aussi audacieux que al-Hussein. Par Dieu, je n'ai jamais vu avant lui ou après lui un homme qui lui ressemblerait. Attaqué par les fantassins, il ripostait en les attaquants. Ils fuyaient à gauche et à droite comme des chèvres qui fuient l'attaque du loup. Attaqués par trente mille hommes, il ripostait et les obligeait à fuir semblables à des sauterelles éparpillées. Puis il regagnait son poste de combat en répétant: 'Il n'y a de force et de puissance que par Dieu'".       

 Les gens voyaient que l'Imâm al-Hussein (p) luttait comme le faisait son père Ali Ibn Abû Tâlib (p). Ils voyaient que Ali Al-Akbar, le fils de l'Imam al-Hussein (p), luttait comme le faisait son Grand-père, le Messager de Dieu (P). Voyant ses soldats tombés au combat les uns après les autres, Ibn Sa'd s'est adressé à son armée en disant: "Ne savez-vous contre qui vous êtes en train de vous battre? C'est le fils du Chauve au gros ventre. C'est le fils du tueur des Arabes". Nous remarquons que, dans beaucoup de commémoration du martyre de l'Imam Al-Hussein (p) qu'ils le présentent comme un homme faible. Surtout lorsqu'on lui attribue des paroles comme "Je jure par le droit de mon grand-père que j'ai soif". Tout cela est faux, car l'Imam Al-Hussein (p) représentait la force. Il a recommandé à sa sœur Zaynab d'être patiente et d'agir avec force et fermeté. La Dame Zaynab s'y est exécutée, et en tant que véritable dirigeante, elle a confronté Ibn Ziyâd et Yazîd. Ceux qui disent qu'elle a cogné sa tête contre le palanquin ne disent que des mensonges.      

 Achoura, le point de départ de la force et de la liberté!

 Ce que nous voulons par notre commémoration d’Al-Hussein (p) à Achoura, c'est de nous approprier une force comme la force d’Al-Hussein (p), comme la force de Zaynab. Car les défis qui nous sont lancés ressemblent aux défis qui leur étaient lancés. Al-Hussein (p) a pris la décision de se battre lorsqu'ils lui ont demandé de se soumettre à la volonté de son cousin pour éviter d'être tué. Il a répondu: "Par Dieu ! Je ne me soumettrai pas à la manière des lâches et ne me baisserai pas comme le font les esclaves. Le bâtard, fils de bâtard, nous fait choisir entre deux choses : Entre la mort et l’humiliation. Loin de nous l’humiliation ! Dieu, Son Prophète et les croyants ne l’acceptent pas pour nous. Ne l’acceptent non plus pour nous des seins immaculés et des destinées purifiées. Nous ne préférons pas l’obéissance aux ignobles à la mort à la manière des personnes nobles".

Si tu veux te connaître toi-même, regarde alors dans ton cœur ; si tu trouves qu’il est l’ami des amis de Dieu et l’ennemi des ennemis de Dieu, cela veut dire que tu as du bien et que Dieu t’aime. Mais si tu trouves qu’il est l’ami des ennemis de Dieu et l’ennemi des amis de Dieu, cela veut dire que tu n’as pas du bien et que Dieu te hait. En fait, chacun suit celui qu’il aime.

Voilà ce qu'était Al-Hussein (p) qui s'est battu tout seul, mais qui était une Nation réunie dans un homme. C'est pour cette raison que, lorsque nous faisons face aux défis qui nous sont lancés par les arrogants américains, européens et israéliens, nous devons être des Husseinites porteurs du message de la force, de la gloire et de la dignité. Quant à la tristesse et aux lamentations, elles relèvent de l'affection. Al-Hussein (p) mérite que nous soyons affligés pour lui, car le drame de Karbala nous affecte, mais nous ne devons point croire que al-Hussein et les gens de sa famille et ses compagnons s'étaient engagés sur la voie de la faiblesse.

Voilà ce qu'est le rôle de Achoura. C'est de nous procurer la force, la fermeté, la capacité de lancer des défis et d'endurer les souffrances. C'est ainsi que nous pourrions répéter avec Ali al-Akbar ce qu'il a dit à son père lorsqu'il a dit: "Tant que nous sommes dans le vrai, nous ne feront pas de différence, que ce soit la mort qui tombe sur nous, ou que nous tombons sur la mort".