Nous allons d'abord rappeler les causes lointaines avant d'aborder la cause immédiate.
1) Les causes lointaines : Achoura conséquence de la mauvaise succession du Messager de l'Islam Mohammad (paix et salut sur lui et sa famille).
L'un des paradoxes majeurs de la tragédie d'Achoura réside dans le fait que le commanditaire du massacre de la famille du messager de l'Islam (pslf) Yazid fils de Muawiya fils d'Abou Sofiane de la famille Omeyyade (Banu Oumaya) était le calife officiel alors que la principale victime Al Hussein fils d'Ali in Abi Talib et de Fatima Zahra fille du prophète Mohammad (pse) était le calife légitime. La question qui se pose est de savoir comment des musulmans ont-ils pu exécuter ce forfait, certains l'approuver tandis que d'autres ont pu rester indifférents.
La réponse à cette question est à rechercher dans le déroulement de la succession du messager d'Allah (pslf) et de la problématique qu'elle a posée.
En effet, le Messager d'Allah Mohammad (pslf), conscient qu'il était du fait que sa mission prophétique était la dernière et qu'il s'adressait à l'humanité jusqu'à la fin des temps et du fait que lui en tant qu'être humain devrait mourir un jour ou l'autre, ne pouvait pas ne pas régler le problème de sa propre succession ni laisser un vide juridique par rapport à la question de savoir qui doit détenir l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel (qui sont indissociables en Islam) après lui. C'est pourquoi du début à la fin de sa mission et en différentes occasions, il n'a cessé de dire et de rappeler à ses compagnons qu'après lui, le califat revenait de droit aux membres purifiés de sa famille qu'Allah avait choisis à cet effet et dont le premier est son cousin et gendre Ali ibn Abi Talib (psl). La preuve de sa légitimité comme successeur du Prophète (pslf) a été établie de manière incontestable par l'événement de Ghadir Qum où le messager d'Allah (pslf) de retour de son dernier pèlerinage fit halte en ce lieu mémorable après que l'Archange Djibril (psl) lui révéla la verset 67 de la Sourate v " ? Messager ! Transmets ce qui t'a été révélé par ton seigneur, si tu le faisais pas, tu n'aurais pas accompli ta mission, Allah te protège des humains, Allah ne guide pas le peuple incrédule ".
Ainsi devant les 100.000 à 120.000 sahabas (compagnons) présents, le Prophète (pslf) tint un long discours que les historiens ont retenu sous le nom de " sermon (hadith) de Ghadir " et le conclut en ces termes en prenant l'Imam Ali (psl) par la main " ? Gens ! Allah est mon maître et je suis le maître des fidèles dont je suis plus responsable qu'ils ne le sont d'eux-mêmes. Aussi celui dont je suis le maître, celui-ci, Ali, est également son maître. Allah ! Soutiens celui qui le soutient et soit ennemi de son ennemi ".
Apres cette déclaration, tous les musulmans présents sont venus, sur invitation du Prophète (pslf) faire serment d'allégeance à l'Imam Ali (psl) pour le reconnaître en tant que successeur de Mohammad (pslf). Abu Bakr et Oumar le firent en ces termes " Bravo ! Bravo ! ? Abal Hassan (père de Hassan, surnom de l'imam Ali (psl)), tu es à présent notre maître et celui de tous les fidèles. "
D'ailleurs c'est à la suite de la désignation par le Prophète (pslf) de l'Islam de l'Imam Ali (psl) comme étant son successeur qu'Allah fit descendre le verset qui clôt la révélation
" Aujourd'hui, j'ai parachevé pour vous votre religion, accompli sur vous mon bienfait et agrée pour vous l'Islam comme religion ".
Cette désignation est corroborée par le célèbre hadith de Thaqaleyn rapporté dans les six livres de références en hadith chez les sunnites (Boukhari, Mouslim, Tirmizi, Ibn Maja, Niçai, Ahmad ibn Hanbal) dans lequel le Prophète (pslf) tint le discours suivant en guise de testament " Je m'approche du moment où je serais appelé et où je devrai répondre à cet appel. Je vous laisse donc les Thaqaleyn (les deux poids) : Le livre d'Allah, lequel est une corde étendue entre le ciel et la terre, et ma famille, les gens de ma maison (Ahlul Bayt). Le Doux et le Bien Informé m'a appris qu'ils ne se sépareront jamais jusqu'à ce qu'ils reviennent à moi auprès du bassin (c'est-à-dire le jour du jugement). Regardez donc comment vous vous y prenez ".
D'innombrables autres textes existent pour confirmer qu'effectivement le Prophète (pslf) de manière claire et nette a réglé le problème de sa succession. Pour plus de détails sur cette question, on peut consulter entre autres : Cherif Mohammad Ali Aidara, les vérités de la succession du prophète.
Cependant, des événements regrettables survenus pendant la maladie qui devait emporter le Messager d'Allah (pslf) et après son décès vont empêcher l'exécution de la décision divine concernant la succession comme il l'avait ordonné et seront à l'origine des calamités qui vont tomber sur la Umma et particulièrement sur l'Imam Ali (psl) et les Ahlul Bayt (pse) dont le point culminant sera 50 ans après la tragédie d'Achoura à Karbala
Apres les funérailles du Messager d'Allah (pslf), l'Imam Ali ibn Abi Talib (psl), les Ahlul Bayt (pse) et ses amis absents lors de la réunion de la saqifah mis devant le fait accompli protestèrent contre le principe du choix d'un Calife par élection car contraire à la loi d'Allah et aux recommandations du Prophète (pslf). Selon al Tabarçi, les Sahabas qui se sont élevés contre la nomination d'Abu Bakr sont au nombre de douze : Khalid ibn Said Ibn Abi Waqqas, Salman al Fariçi, Abu zar Al Ghifari, Miqdad ibn al Aswad, Ammar ibn Yaçir, Barida al Aslami parmi les mouhajirines et, Abu Haythan ibn Al Tayhan, Ousmane Ibn Hanif, Khuzayma ibn Thabit, Zoul Chahadatayn, Ali Ibn Kaab, Abou Ayyoub Al Ansari.
En réponse à la protestation d'Ibn Abass, Oumar ibn Khattab dit " Je jure par Allah que c'est Ali (psl) qui mérite le Califat mais les Khoureychites n'auraient pas été capables de supporter son autorité, s'il était devenu Calife, il aurait forcé le peuple à accepter la pure vérité et à suivre le droit chemin, ainsi ils n'auraient pu transgresser les limites de la justice et auraient donc cherché à engager une guerre contre lui ".
Cette protestation fut à l'origine de la scission de ces partisans de l'observance et de la soumission aux paroles divines et prophétiques qui ne reconnaissent que l'autorité de l'Imam Ali (psl) et des Ahlul Bayt (pse) avec les partisans de la réunion de la Saqifa. Cette minorité légitimiste fut désignée comme la shiatu Ali, communément appelé les chiites et resta fidèle à la famille du Prophète (pse).
Dès le début, le chiisme fut condamné à cause de sa situation politique qui l'inscrit de facto dans l'opposition par la majorité loyaliste qui prit le nom de Sunnisme mais l'Imam Ali (psl) refusa de se révolter pour sauvegarder l'unité de la Umma naissante.
Ainsi, l'élection de la Saqifa sema les graines de la déviation qui, en germant vont favoriser graduellement l'accession au Califat des ennemis de la famille du Prophète (pslf), Ahlul Bayt (pse) pour finalement aboutir à l'an 40 de l'Hégire (661) à l'accession au Califat de Muawiya, fils d'Abu Sofiane qui convertit le Califat en un régime tyrannique et dictatorial érigé en monarchie héréditaire qui s'est attelé à dénaturer et à déformer les règles justes de l'Islam originel pour la satisfaction de ses ambitions mondaines Muawiya mourut au mois de Rajab de l'an 60 Hégirien (682) laissant la situation de l'Imam Hussein (psl) à son statu quo et légua la Califat à son ignoble fils Yazid dont la volonté de forcer l'Imam Hussein (psl) à lui faire allégeance sera la cause immédiate du massacre d'Achoura à Karbala.
2/ La cause Immédiate du massacre de Achoura : le refus de l'Imam Al Hussein de faire le serment d'allégeance à Yazid pour le reconnaître Calife de l'Islam. Dès son accession au pouvoir, Yazid demanda au gouverneur de Médine Walid Ibn Outbah d'exiger de ses habitants qu'ils lui prêtent serment d'allégeance et particulièrement à l'Imam Al Hussein (psl) car les gens suivraient son exemple.
En effet, pour asseoir son autorité, il était nécessaire pour Yazid d'être reconnu en tant que Calife par les habitants de toutes provinces et particulièrement ceux de la Mecque et de Médine.
Walid convoqua l'Imam Al Hussein (psl) au milieu de la nuit. Il le trouva en compagnie de Marwan Ibn Hakam, Walid l'informa de la mort de Muawiya et lui fit savoir que Yazid désirait qu'il lui prêtât serment d'allégeance. L'Imam Al Hussein (psl) jugea plus sage d'attendre le lendemain pour lui faire part de son refus et lui dit " je ne peux pas prendre une décision tout de suite attendons demain, d'autre part un serment d'allégeance se prête en public “. Al Walid comprit que l'Imam Al Hussein (psl) voulait à tout prix éviter de créer des problèmes aussi dit -il " c'est d'accord, vas en paix ". Le perfide Marwan devinant l'accord tacite qui se passait entre les deux hommes se mit en colère et dit à Al Walid " Il ne sortira pas d'ici tant qu'il n'aura pas prêté serment d'allégeance. Ou il accepte de le faire ou tu le tues. S'il sort d'ici sans l'avoir fait, tu n'auras plus l'occasion de le tuer à moins qu'une guerre n'éclate ".
Sur ce, l'Imam Al Hussein (psl) se tourna vers Al Walid et lui déclara " Nous, les Ahlul Bayt (pse), gens de la maison du Prophète (pslf), détenteurs du message divin, avons été choisis par Allah pour révéler son Message. C'est par nous qu'Allah a débuté le Message et c'est par nous que l'Islam atteindra son apogée. Yazid est un débauché et un libertin, un ivrogne qui fait tuer les gens sans raison. Ce qui est grave, c'est qu'il le fait ouvertement et n'en ressent aucun remords. Quelqu'un comme moi ne saurait prêter allégeance à quelqu'un comme lui. "
Pour comprendre cette assertion de l'Imam Hussein (psl), il me parait nécessaire de faire un portrait comparé de son personnage et de celui de Yazid.
En effet, l'Imam Al Hussein (psl) est le deuxième fils de l'Imam Ali (psl) et de Fatima Zahra (pse) fille unique du Prophète (pslf). Il naquit le 3 Chaaban de l'an 4 de l'Hégire à Médine. Il vécut six ans avec son grand père le Prophète (pslf), trente ans avec son père l'Imam Ali (psl), dix ans avec son frère Al Hassan (psl) après son père et son Imamat dura dix ans. Il est le troisième des douze imams infaillibles (pse), Califes légitimes du Prophète (pslf) chargés de guider l'humanité jusqu'à la fin des temps. Les neufs qui lui succèdent descendent de lui, le douzième étant l'Imam Mahdi (psl) attendu qui portera l'Islam à son apogée et remplira la terre de justice et d'équité. Il est le cinquième des gens de la maison du Prophète (pslf) (Ahlul Bayt) qu'Allah a purifié dans la sourate 33 du verset 33 " Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô ! Gens de la maison (du Prophète) et vous purifié pleinement ". Il est le cinquième de ceux pour qui l'amour de tout croyant est rendu obligatoire par le verset 23 de la sourate 43 (Shoura) " Dis (ô ! Toi le Prophète) je ne demande aucun salaire si ce n'est l'amour envers les mes proches parents ". Il est le cinquième de ceux de la maison du Prophète (pslf) qui ont accompagné ce dernier lorsqu'il a appelé les chrétiens de Najran pour faire la moubahila (l'ordalie) dans la sourate 3 (Ali Imran) verset 61. Il est de ceux pour qui la sourate 76 (Insan) a été révélée.
Le Prophète (pslf) a dit de lui : " Al Hussein (psl) est de moi et je suis de lui Allah aime qui aime Al Hussein (psl). Al Hussein est un Sibt (ce qu'il y a de meilleur dans une nation)… Al Hassan et Al Hussein pse) sont les maîtres de la jeunesse du paradis. "
Quant à Yazid, il est le fils de Muawiya fils d'Abou Sofiane de la lignée d'Omayya fils d'Abdel Shams fils d'Abdul Manaf qui donna son nom à la famille Omeyyade que le Coran décrit comme un " arbre maudit " dans la sourate 17 (le voyage nocturne). Certains hadiths expliquent cette description par un songe fait par le Prophète (pslf) et dans lequel il vit les membres de la famille Omeyyade sous les traits de singes qui grimpaient sur une chaire de mosquée. A son réveil, il raconta ce songe à ses compagnons qui depuis ce jour, ne le virent plus rire jusqu'à sa mort.
Aicha s'adressant un jour à Marwan ibn Al Hakam (oncle et successeur de Yazid) lui dit " j'ai entendu un jour le Prophète (pslf) dire à ton père et à ton grand père qu'ils étaient l'arbre maudit auquel fait allusion le Coran ".
La mère de Yazid appartenait à la tribu de Bani Kalb qui était chrétienne. A la naissance de son fils, elle l'envoya chez ses oncles maternels et il n'eut aucun contact avec la religion musulmane. Avec l'âge, il devint un alcoolique invétéré qui ne portait aucun intérêt aux affaires politiques ou religieuses, il passait tout son temps à chasser ou à élever des singes et des chiens. Il poussa la débauche jusqu'à commettre l'inceste avec sa propre tante. Il installa à Médine des troupes de chanteurs et des musiciens, des poètes au langage grossier qui donnaient des spectacles auxquels venaient assister des milliers de gens et toutes sortes. Ces orgies honteuses qui ne cessaient qu'à l'aube se déroulaient à quelques pas de la Kaa'ba et du tombeau du Prophète (pslf). Les faits suivants commis par Yazid pendant les trois années qu'il a régné suffisent pour se donner une idée définitive sur sa personne. La première année, il massacra l'Imam Hussein (psl) et les membres de sa famille à Karbala. La deuxième année, il déclencha la bataille de Harra qui eut lieu quand il envoya son armée à Médine qui tuèrent les hommes, pillèrent les maisons et violèrent les femmes et les filles pendant trois jours d'affilée. La troisième année il fit détruire la Kaa'ba.
Yazid avait une véritable passion pour les chiens et les singes dont son palais ne désemplissait pas et il les vêtait des plus beaux atours de soie et d'or alors que les rues des villes musulmanes étaient remplies de pauvres gens qui ne possédaient pas le moindre bout d'étoffe pour cacher leur nudité. Au cours des orgies qu'il organisait dans la salle des réceptions de son palais, il tenait à ce que les animaux fussent de la partie et quand l'alcool coulait à flot ils recevaient leurs parts et leurs cris se mêlaient aux voies humaines. Lorsque la voix du muezzin s'élevait au petit matin, Yazid et ses courtisans étaient ivres morts. Le plus désolant c'est que l'Imam de la mosquée ne manquait pas de faire les éloges de Yazid après la prière, en lui souhaitant longue vie et lui attribuait le titre de " gardien de l'Islam et de commandeur des croyants ", titre qu'il exigeait que Hussein (psl) lui reconnaisse.
Après cette réponse sans équivoque, l'Imam Al Hussein (psl) rentra chez lui et annonça à ses proches et amis qu'il partait pour la Mecque. Avant de quitter Médine, il alla sur la tombe de son grand père le Prophète (pslf) pour lui faire ses adieux.
Muawiya mourut au mois de Rajab de l'an 60 Hégirien (682) laissant la situation de l'Imam Hussein (psl) à son statu quo et légua la Califat à son ignoble fils Yazid dont la volonté de forcer l'Imam Hussein (psl) à lui faire allégeance sera la cause immédiate du massacre d'Achoura à Karbala.
2/ La cause Immédiate du massacre de Achoura : le refus de l'Imam Al Hussein de faire le serment d'allégeance à Yazid pour le reconnaître Calife de l'Islam. Dès son accession au pouvoir, Yazid demanda au gouverneur de Médine Walid Ibn Outbah d'exiger des habitants de Médine qu'ils lui prêtent serment d'allégeance et particulièrement à l'Imam Al Hussein (psl) car les gens suivraient son exemple.
En effet, pour asseoir son autorité, il était nécessaire pour Yazid d'être reconnu en tant que Calife par les habitants de toutes provinces et particulièrement ceux de la Mecque et de Médine.
Walid convoqua l'Imam Al Hussein (psl) au milieu de la nuit. Il le trouva en compagnie de Marwan Ibn Hakam, Walid l'informa de la mort de Muawiya et lui fit savoir que Yazid désirait qu'il lui prêtât serment d'allégeance. L'Imam Al Hussein (psl) jugea plus sage d'attendre le lendemain pour lui faire part de son refus et lui dit " je ne peux pas prendre une décision tout de suite attendons demain, d'autre part un serment d'allégeance se prête en public " . Al Walid comprit que l'Imam Al Hussein (psl) voulait à tout prix éviter de créer des problèmes aussi dit -il " c'est d'accord, vas en paix ". Le perfide Marwan devinant l'accord tacite qui se passait entre les deux hommes se mit en colère et dit à Al Walid " Il ne sortira pas d'ici tant qu'il n'aura pas prêté serment d'allégeance. Ou il accepte de le faire ou tu le tues. S'il sort d'ici sans l'avoir fait, tu n'auras plus l'occasion de le tuer à moins qu'une guerre n'éclate ".
Sur ce, l'Imam Al Hussein (psl) se tourna vers Al Walid et lui déclara " Nous, les Ahlul Bayt (pse), gens de la maison du Prophète (pslf), détenteurs du message divin, avons été choisis par Allah pour révéler son Message. C'est par nous qu'Allah a débuté le Message et c'est par nous que l'Islam atteindra son apogée. Yazid est un débauché et un libertin, un ivrogne qui fait tuer les gens sans raison. Ce qui est grave, c'est qu'il le fait ouvertement et n'en ressent aucun remords. Quelqu'un comme moi ne saurait prêter allégeance à quelqu'un comme lui. "
Pour comprendre cette assertion de l'Imam Hussein (psl), il me parait nécessaire de faire un portrait comparé de son personnage et de celui de Yazid.
En effet, l'Imam Al Hussein (psl) est le deuxième fils de l'Imam Ali (psl) et de Fatima Zahra (pse) fille unique du Prophète (pslf). Il naquit le 3 Chaaban de l'an 4 de l'Hégire à Médine. Il vécut six ans avec son grand père le Prophète (pslf), trente ans avec son père l'Imam Ali (psl), dix ans avec son frère Al Hassan (psl) après son père et son Imamat dura dix ans. Il est le troisième des douze imams infaillibles (pse), Califes légitimes du Prophète (pslf) chargés de guider l'humanité jusqu'à la fin des temps. Les neufs qui lui succèdent descendent de lui, le douzième étant l'Imam Mahdi (psl) attendu qui portera l'Islam à son apogée et remplira la terre de justice et d'équité. Il est le cinquième des gens de la maison du Prophète (pslf) (Ahlul Bayt) qu'Allah a purifié dans la sourate 33 du verset 33 " Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô ! Gens de la maison (du Prophète) et vous purifier pleinement ". Il est le cinquième de ceux pour qui l'amour de tout croyant est rendu obligatoire par le verset 23 de la sourate 43 (Shoura) " Dis (ô ! Toi le Prophète) je ne demande aucun salaire si ce n'est l'amour envers les mes proches parents ". Il est le cinquième de ceux de la maison du Prophète (pslf) qui ont accompagné ce dernier lorsqu'il a appelé les chrétiens de Najran pour faire la moubahila (l'ordalie) dans la sourate 3 (Ali Imran) verset 61. Il est de ceux pour qui la sourate 76 (Insan) a été révélée.
Le Prophète (pslf) a dit de lui : " Al Hussein (psl) est de moi et je suis de lui Allah aime qui aime Al Hussein (psl). Al Hussein est un Sibt (ce qu'il y a de meilleur dans une nation)… Al Hassan et Al Hussein pse) sont les maîtres de la jeunesse du paradis. "
Quant à Yazid, il est le fils de Muawiya fils d'Abou Sofiane de la lignée d'Omayya fils d'Abdel Shams fils d'Abdul Manaf qui donna son nom à la famille Omeyyade que le Coran décrit comme un " arbre maudit " dans la sourate 17 (le voyage nocturne). Certains hadiths expliquent cette description par un songe fait par le Prophète (pslf) et dans lequel il vit les membres de la famille Omeyyade sous les traits de singes qui grimpaient sur une chaire de mosquée. A son réveil, il raconta ce songe à ses compagnons qui depuis ce jour, ne le virent plus rire jusqu'à sa mort.
Aicha s'adressant un jour à Marwan ibn Al Hakam (oncle et successeur de Yazid) lui dit " j'ai entendu un jour le Prophète (pslf) dire à ton père et à ton grand père qu'ils étaient l'arbre maudit auquel fait allusion le Coran ".
La mère de Yazid appartenait à la tribu de Bani Kalb qui était chrétienne. A la naissance de son fils, elle l'envoya chez ses oncles maternels et il n'eut aucun contact avec la religion musulmane. Avec l'âge, il devint un alcoolique invétéré qui ne portait aucun intérêt aux affaires politiques ou religieuses, il passait tout son temps à chasser ou à élever des singes et des chiens. Il poussa la débauche jusqu'à commettre l'inceste avec sa propre tante. Il installa à Médine des troupes de chanteurs et des musiciens, des poètes au langage grossier qui donnaient des spectacles auxquels venaient assister des milliers de gens et toutes sortes. Ces orgies honteuses qui ne cessaient qu'à l'aube se déroulaient à quelques pas de la Kaa'ba et du tombeau du Prophète (pslf). Les faits suivants commis par Yazid pendant les trois années qu'il a régné suffisent pour se donner une idée définitive sur sa personne. La première année, il massacra l'Imam Hussein (psl) et les membres de sa famille à Karbala, la deuxième année, il déclencha la bataille de Harra qui eut lieu quand il envoya son armée à Médine ou sous son ordre, ses soldats tuèrent les hommes, pillèrent les maisons et violèrent les femmes et les filles pendant trois jours d'affilé et la troisième année il fit détruire la Kaa'ba.
Yazid avait une véritable passion pour les chiens et les singes dont son palais ne désemplissait pas et il les vêtait des plus beaux atours de soie et d'or alors que les rues des villes musulmanes étaient remplies de pauvres gens qui ne possédaient pas le moindre bout d'étoffe pour cacher leur nudité. Au cours des orgies qu'il organisait dans la salle des réceptions de son palais, il tenait à ce que les animaux fussent de la partie et quand l'alcool coulait à flot ils recevaient leurs parts et leurs cris se mêlaient aux voies humaines. Lorsque la voix du muezzin s'élevait au petit matin, Yazid et ses courtisans étaient ivres morts. Le plus désolant c'est que l'Imam de la mosquée ne manquait pas de faire les éloges de Yazid après la prière, en lui souhaitant longue vie et lui attribuait le titre de " gardien de l'Islam et de commandeur des croyants ", titre qu'il exigeait que Hussein (psl) lui reconnaisse.
Après cette réponse sans équivoque, l'Imam Al Hussein (psl) rentra chez lui et annonça à ses proches et amis qu'il partait pour la Mecque. Avant de quitter Médine, il alla sur la tombe de son grand père le Prophète (pslf) pour lui faire ses adieux.
Certains de ses proches le dissuadèrent de quitter Médine. Son frère Mohammad Ibn Al Hanafia, son oncle Abdallah Ibn Abass et les notables de Médine vinrent en délégation pour lui demander d'abandonner l'idée de partir mais il leur répondit en ces termes " Mes chers frères, sachez que mon cœur saigne à l'idée de vous quitter et de quitter les tombes de mon cher grand père, de ma bien aimée mère et de mon frère adoré. Si ce n'était pour l'appel du devoir, je n'aurais jamais quitté Médine, mais Allah le Tout Puissant en a décidé ainsi et m'a ordonné de partir. Je connais les difficultés qui m'attendent mais le Prophète (pslf) m'a préparé depuis mon enfance à y faire face ".
Arrivé à la Mecque, il reçut plus de 30.000 lettres provenant des habitants de Koufa qui le sommaient de venir les guider en lui jurant fidélité pour combattre le régime impie de Yazid.
Il envoya son cousin Mouslim Ibn Aqil en éclaireur pour vérifier la sincérité des Irakiens et interrompit brusquement le pèlerinage pour se diriger vers l'Irak après avoir fait un long discours dans lequel il explique de manière exhaustive les raisons de son soulèvement contre Yazid " Au nom d'Allah, je ne me rends pas en Irak en imposteur, ni parce je suis injuste, ni pour semer la discorde sur terre, ni de gaieté de cœur, ni pour une quelconque insatisfaction personnelle. Je me suis soulevé pour raffermir la Umma de mon grand-père le Messager d'Allah (psl), pour commander le Bien et interdire le Mal et pour suivre les traces de mon père et de mon grand-père …Prenez exemple et sachez bien ce qu'Allah le Très Haut a déclaré concernant ceux qui s'abstiennent de commander le Bien et d'interdire le Mal. Dans le saint Coran, les docteurs et les Rabbins sont blâmés pour s'en être abstenus.… " …. " ? Gens ! Le Messager d'Allah (psl) a dit que celui qui voit un sultan injuste qui rend légal ce qu'Allah a interdit, qui transgresse le pacte qu'il a conclu devant Allah, qui dévie la Sunna du Messager d'Allah (pslf), qui agresse les musulmans et commet des péchés contre eux sans qu'ils s'opposent à lui (à ce sultan) ni par une parole, ni par une action, Allah lui réservera le même sort qu'il réserve à ce sultan…….. Je ne vois la mort que comme un bonheur et la vie avec ses injustes que comme une source d'ennui et d'affliction ".
Il prit le chemin de l'Irak en compagnie de ses proches et de ses compagnons et quatre mille personnes se joignirent à lui. A une centaine de kilomètres de la Mecque, il croisa Al Farasdak, un des plus grands poètes de l'époque qui venait de Koufa et lui manda l'état d'esprit des Koufites. Ce dernier lui répondit " je les ai laissé le cœur avec toi et leurs sabres contre toi ". Cela ne l'ébranla nullement car ayant consciemment choisi d'aller vers son destin qui était de sacrifier sa vie et celle de ses proches pour sauver l'Islam comme l'avait prédit son grand père (pslf). En cours de route il apprit que les Irakiens qui l'avaient appelé l'ont trahi sous la menace de Oubeyd'Allah Ibn Ziad le nouveau gouverneur nommé par Yazid qui, par ailleurs a exécuté son émissaire Mouslim Ibn Aqil. Il rassembla tous ceux qui étaient avec lui, les informa de la trahison des Koufites et leur réitéra sa décision d'aller résolument jusqu'au bout. Les quatre mille personnes qui s'étaient joints à lui à partir de la Mecque l'abandonnèrent et rebroussèrent chemin.
Il poursuivit sa route avec ses soixante-douze fidèles de départ et fut intercepté à 200 km de Koufa par l'avant-garde de l'armée d'Oubeyd'Allah Ibn Ziad composée de 3000 soldats commandés par Al Hour Ibn Yazid Al Riyahi épuisés et mourant de soif. L'Imam (psl) leur offrit boire et leur demanda s'ils étaient venus en amis ou en ennemis. Al Hour lui fit savoir qu'il avait reçu l'ordre de l'empêcher d'arriver à Koufa ou de retourner à Médine mais de le faire errer dans le désert jusqu'à ce qu'il reconnaisse Yazid comme Calife. C'est ainsi que les deux troupes cheminèrent ensemble jusqu'au 2 Muharram 61 et atteignirent une plaine où coulait un affluent de l'Euphrate.
Quand l'Imam Hussein (psl) demanda le nom de cet endroit, on lui répondit Attaf, puis Nainava et enfin Karbala. Sur ce, il fit cette prière " O Allah ! Je me réfugie auprès de toi contre le Karb (affliction) et le Ballà (malheur) " et dit à ses compagnons " voici le terme du voyage, descendez de vos montures et préparez-vous à camper dans ce lieu de malheur et d'affliction où coulera notre sang, où nos tombeaux seront creusés et nos femmes faites prisonnières comme me l'a prédit mon grand-père le Messager d'Allah (psl)". Ils campèrent là en sachant qu'une mort certaine les attendait mais étaient fiers et sereins à la pensée de se sacrifier pour la cause de l'Islam en soutenant l'Imam Al Hussein (psl) comme l'avait recommandé le Messager d' Allah (pslf).
Selon Ibn Kathir citant Ahmad Ibn Hanbal, L'Imam Ali (psl) a dit " un jour en entrant chez le Messager d'Allah, j'ai vu ses yeux débordant de larmes. Aussi lui demandai je : - qu'est ce qui te fait pleurer ô Messager d'Allah ? - L'ange Djibril vient de me quitter, il m'a informé qu'Al Hussein sera tué près de l'Euphrate. Et me demanda veux-tu sentir la terre ou il sera tué ? Il tendit sa main, ramassa une poignée de terre et me la donna. Je n'ai pu alors empêcher mes yeux de déborder de larmes ". Selon le même auteur, le père de Hach'ath ibn Samich a dit " j'ai entendu le Messager d'Allah (psl) dire : - Mon fils Al Hussein sera assassiné sur une terre dénommée Karbala, quiconque l'y verra, qu'il le soutienne ".
Les soldats d'Al Hour encerclèrent l'Imam Hussein (psl) et ses hommes, envoyèrent un messager à Ibn Ziyad qui leur dépêcha un renfort de trente mille hommes commandés par Omar Ibn Saad et Al Chimr Ibn zil Jawchane qui seront les bourreaux de la famille du Prophète (pslf). Ils barrèrent l'accès au fleuve à l'Imam (psl) et ses hommes qui, leurs réserves d'eau terminées furent soumis à la soif pendant plusieurs jours.
Omar ibn Saad ibn Abi Waqass était apparenté à l'Imam Hussein (psl), c'était un homme pieux qui s'acquittait de ses devoirs religieux mais très ambitieux et Ibn Ziyad lui avait promis le poste de gouverneur de Ray et Jarjan (deux provinces iraniennes) s'il réussissait à régler son compte à Al Hussein (psl) et les Ahlul Bayt (pse). Le 9e jour du mois de Muharram, ils décidèrent de passer à l'action le lendemain.
La veille du 10 Muharram de l'an 61 de l'Hégire (Achoura), l'Imam Hussein (psl) rassembla ses hommes et leur tint ce discours pathétique : " Je ne connais pas de meilleurs amis ni de plus tendres parents que vous, je mesure à sa juste valeur les difficultés et les privations dont vous avez souffert en ralliant ma cause. Je prie Allah de vous rendre l'affection que vous avez pour moi. Yazid et ses hommes ne veulent que mon sang, partez pendant que vous en avez encore l'occasion. Si vous croyez que je considérerai cela comme une désertion ou une trahison, laissez-moi vous assurer dès maintenant que ce que vous avez déjà fait est suffisant pour gagner ma gratitude et Allah est satisfait de vous "
Les fidèles compagnons de l'Imam Al Hussein (psl) remplis d'émotion par son discours restèrent figés comme des rocs. Certains d'entre eux étaient des vieillards au dos courbé par l'âge, des vétérans qui ont combattu aux côtés du Messager d'Allah (psl) comme Mouslim ibn Awjasa, Habib Ibn Mudhahir, d'autres étaient à la fleur de l’âge, d'autres étaient des adolescents. Puis d'un coup, leur déclaration fendit le silence de la nuit " Pourquoi fuirons-nous ? Comment vivre après toi sans toi ? Nous prions Allah de ne plus nous faire connaître la vie s'il t'arrive quoi que ce soit. Que dirions-nous après à notre seigneur et à ton grand père (pslf) ? Nous préférons être tués des milliers de fois plutôt que de t'abandonner ". L'Imam (psl) les congratula pour leur sollicitude et ils passèrent la nuit en prières dans l'attente du jour fatidique où ils donneront fièrement leur vie pour défendre le Vrai contre le Faux, inscrivant avec leur sang leur nom sur la liste des héros éternels.